18.11.16

Twinkle, Twinkle Little Words. Katherine Mansfield's Gaze into Childhood












If you can't go to the woods, if you can't go to the sea, if you can't cut out a frame of your window, if you can't keep the wild in you, then leaf through The garden Party, open it anywhere and you 'll pick up emerald green treasures twinkling like small epiphanies high above the greyish fragments of your urban day. 



Pip took something out of his pocket, rubbed it a long time on the front of his jersey, then breathed on it and rubbed it again.
"Now turn round!" he ordered.
They turned round.
"All look the same way! Keep still! Now!"
And his hand opened; he held up to the light something that flashed, that winked, that was a most lovely green. 
"It's a nemeral," said Pip solemnly.
"Is it really, Pip?" Even Isabel was impressed. 
The lovely green thing seemed to dance in Pip's fingers. Aunt Beryl had a nemeral in a ring, but it was a very small one. This one was as big as a star and far more beautiful. 


Katherine Mansfield, At the Bay 




Images 1- Found on flickr with no name
Image 2- Book cover of Katherine Mansfield, The Garden Party, Harper Collins Publishers, 2016
Impossible to find the illustrator's name so far. Any clue?   


16.10.16

Mapping Copenhague onto my Skin.

Everyday, I walk myself into a state of well-being and walk away from every illness. I have walked myself into my best thoughts, 
and I know of no thought so burdensome that one cannot walk away from it. 

 Søren Kierkegaard*



Un jour on construira des villes pour dériver.

Guy Debord







New York était une ville où l'on respirait sans gêne... une ville où tout semblait possible. A l'image du tissu urbain, le tissu social et culturel offrait une texture criblée de trous. Il suffisait de les choisir et de s'y glisser pour atteindre comme Alice de l'autre côté du miroir, des mondes si enchanteurs qu'ils en paraissaient irréels ...Il suffisait d'un peu de culture et de flair pour que s'ouvrent ... dans le mur de la civilisation industrielle, des portes donnant accés à d'autres mondes et à tous les temps. Nulle part, sans doute, plus qu'à New-York, n'existaient à cette époque de telles facilités d'évasion. Elles semblent presque mythiques aujourd'hui où l'on n'oserait plus rêver de portes : à peine de niches où nous pourrions encore nous blottir.



Voilà New-York telle que Claude Lévy-Strauss la décrit dans Tristes tropiques. Quelle ville aujourd'hui pourrait prétendre à ces doublures utopiques, à ces seuils, à ces passages dans d'autres mondes et d'autres temps ? La plupart des villes d'Europe et d'horizons plus lointains semblent pinterestées. D'un bout à l'autre de la planète, les mêmes enseignes, les mêmes uniformes vestimentaires, les mêmes assiettes, le même tropisme esthétique. Où sont les marges, les trous, les niches ? Pourquoi voyager encore si tout converge et se ressemble ?  Quelque chose résiste pourtant, quelque chose d'indéfinissable, d'impalpable, une trace comme le fantôme d'une odeur, d'un son, quelque chose qui ne serait accessible qu'au flâneur des deux rives, au marcheur infatigable, à celui qui saurait se perdre et s'oublier.

De plus en plus ces trous dont rêvaient Claude Lévy-Strauss se concentrent dans les quartiers périphériques, dans les espaces ignorés des visiteurs, le long de lignes de chemin de fer, dans d'anciennes friches industrielles, dans les gares, les aéroports, les tunnels de métro et parfois à l'autre bout du spectre dans les banlieues résidentielles. Certains lieux qui pourraient être définis comme des hétérotopies, peuvent parfois assumer cette fonction de suspendre le temps et l'espace ; les églises, les cimetières condensent le précipité de l'histoire des peuples que nous visitons, conservent les lois les plus profondes qui régissent leur manière de vivre ensemble, naturalisent leurs croyances anciennes.  En traversant le cimetière Assistens de Copenhague on est d'abord frappé par sa grande ressemblance avec le cimetière Melaten de Cologne. Cependant à y regarder d'un peu plus près on s'aperçoit que les monuments aux morts sont plus discrets à Copenhague. Ils sont le reflet d'une gradation de sensibilités que l'on pourrait cartographier en lui superposant un autre calque, celui des différentes confessions religieuses réformées qui ont touché les pays du Nord de l'Europe et façonné leur rapport au monde et aux autres. Dans le cimetière Assistens, les différences sociales sont très peu marquées, peu de grands monuments, aucun espace fermé ou enclos, une grande ouverture qui permet à la nature de reprendre ses droits, parfois juste une collection de pierres posées les unes à côté des autres gravées de noms effacés par l'usure des saisons.

On peut penser à une écologie relictuelle, un conservatoire de l'invisible et de l'indicible, des silences. A moins que ce quelque chose qui résiste ne puisse s'objectiver mais soit de l'ordre de l'intériorité ? Une certaine disposition à la méditation active, l'aptitude à se rendre, comme le papier photographique, sensible aux impressions pour capturer l'instant, la possibilité de trouver dans la contemplation d'une étendue froide et humide d'eau couleur de charbon l'étincelle d'une épiphanie.



*Søren Kierkegaard, lettre à Henriette Lund, 1847





Se promener dans Nørrebro et visiter le Cimetière Assistens, un des plus beaux jardins de Copenhague. Y chercher les tombes de Hans Christian Andersen et de Søren Kierkegaard. Centre culturel dans ses murs et brocante tous les samedis matins d'avril à octobre. Faire une pause chez Grød pour manger porridge ou risotto. Nombreuses boutiques vintage et 2nd hand. 







Jægersborggade 50

2200 København N



P - A - R 

Proper Attire Requested
2nd hand for men 

Jægersborggade 45

2200 København N.





Guy Debord, Theory of the derive here et en français .



Photographie : Céline Boyer, Empreintes

13.10.16

Lost in Translation. Hygge Copenhagen






Posée comme un diamant noir sur la mer Baltique, Copenhague n'en finit pas de se réinventer entre Nouvel âge d'or architectural et Risorgimento environnemental. Venise scandinave, l'eau est à n'en pas douter son élément primordial, suivi du vent qui fait tourner ses éoliennes ; la municipalité vise la neutralité carbone pour 2025 avec toujours plus de pistes cyclables citoyennes. 
Comme dessinés sur l'eau, le nouvel Opéra, le Théâtre Royal et le Black Diamond, (l'extension de la Bibliothèque Royale qui recèle quelques uns des plus beaux manuscrits du monde, dont ceux de Søren Kierkegaard et de Hans Christian Andersen), regardent son front de mer où il fait bon paresser dans des chaises longues à tendeurs, délicieusement confortables. Une des valeurs suprêmes danoises n'est-elle pas encapsulée dans l'expression hygge ? Difficilement traduisible, entre agréable, confortable, solide et sûr; le site officiel du Danemark propose intimité et nuance : "veut dire aussi créer une ambiance chaleureuse, jouir de la vie et de la compagnie des autres." On ne plaisante pas avec le bien-être et la sécurité dans ce royaume de l'Etat Providence où l'enfant est roi, les sans-abris invisibles, abrités dans des skaeve hus, (petites unités d'habitation de 40 m2 construites par l'Etat et la mairie) et l'expression de la gratitude envers tout et tous une routine de salubrité publique. L'image d'Epinal est-elle aussi lisse ? Des interventions d'artistes contemporains dans le SMK sur le thème du nationalisme danois laissent percevoir quelques aspérités refoulées.
Qui sait ?   









  





















Visiter la ville avec les Harbour Bus lignes 901 et 902  qui relient Nordre Toldbod, Nyhavn, Knippelsbro et la Bibliothèque Royale. 
Faire une pause au café de Viktor Vibskov, Den Plettede Gris (Le Cochon Moucheté) dans Christianhavn avant de découvrir la ville libre de Christiana.
Et faire du vélo ... en empruntant le Snake, pont cyclable au-dessus de la mer pour se rendre dans le quartier d'Islands Brygge.