11.6.13

Les fables de Marianne Evennou. De la feuille d'or... à la feuille de brick, la cuisine d'une doreuse.



A Marianne, pour son anniversaire






























"Jamais même dans mes rêves, je ne m'étais imaginée une cuisine aussi jolie", m'a confié Sylvie, la doreuse de Franck pour laquelle  Marianne a imaginé cette cuisine qui      
pétille. "Je l'ai vraiment dessinée en pensant à toi, à ta manière de vivre", lui a dit Marianne. Les enfants l'ont tout de suite adoptée et Truffe a pris pour niche la table anglaise des années 50 chinée aux Puces du design. Flore a dessiné sur le tableau noir des histoires d'animaux qui suivent une petite fille dans la forêt...  Chacune des maisons imaginée par Marianne est dessinée pour ses habitants avec douceur et poésie. On y trouve refuge comme au coeur de la forêt. 














24.5.13

Insomnia and Enema. Reading Saint Simon in the Night

Plus le temps passe, plus le duc s’impose et semble tirer tout à soi. Bonjour, spectres ! Salut, électricité céleste !

Philippe Sollers*





















* Philippe Sollers, La guerre du goût, 1996



What do you do when you feel a night of insomnia looming?  I just get up in the dark my body still heavy with slumber, I climb the stairs, grope to my bookshelves and let my fingers slide along the book covers until they stopped at one my sleeping consciousness has already settled on. Last night, it happened  to be the  Memoirs of Louis XIV by the Duke of Saint Simon. This choice was probably induced by the Duke's fame for concise narratives and I might have sensed it as appropriate for a small reading session. It was without taking into account Saint Simon's striking electric voice, the vigour of his pen and his breadth of style. I opened the book randomly and began reading the Death and Character of Princess Marie-Adélaïde of Savoie, Duchess of Burgondy. The devastating scene of Nanon de Balbien administering a clyster to the Duchess under the noses of the King and of Madame de Maintenon left me goggle-eyed and hilarious. Not really a good choice to sneak back into slumberland after being thrown out... 





Je n’oserais jamais écrire dans des Mémoires sérieux le trait que je vais rapporter, s’il ne servait plus qu’aucun à montrer jusqu’à quel point elle était parvenue d’oser tout dire et tout faire avec eux. J’ai décrit ailleurs la position ordinaire où le roi et Mme de Maintenon étaient chez elle. Un soir qu’il y avait comédie à Versailles, la princesse, après avoir bien parlé toutes sortes de langages, vit entrer Nanon, cette ancienne femme de chambre de Mme de Maintenon, dont j’ai fait mention plus d’une fois, et aussitôt s’alla mettre, tout en grand habit comme elle était et parée, le dos à la cheminée, debout, appuyée sur le petit paravent entre les deux tables. Nanon, qui avait une main comme dans sa poche, passa derrière elle, et se mit comme à genoux. Le roi, qui en était le plus proche, s’en aperçut et leur demanda ce qu’elles faisaient là. La princesse se mit à rire, et répondit qu’elle faisait ce qu’il lui arrivait souvent de faire les jours de comédie. Le roi insista. « Voulez-vous le savoir, reprit-elle, puisque vous ne l’avez pas encore remarqué? C’est que je prends un lavement d’eau. — Comment, s’écria le roi mourant de rire, actuellement là vous prenez un lavement? — Hé vraiment oui, dit-elle. — Et comment faites-vous cela? » Et les voilà tous quatre à rire de tout leur cœur. Nanon apportait la seringue toute prête sous ses jupes, troussait celles de la princesse qui les tenait comme se chauffant, et Nanon lui glissait le clystère. Les jupes retombaient, et Nanon remportait sa seringue sous les siennes; il n’y paraissait pas. Ils n’y avaient pas pris garde, ou avaient cru que Nanon rajustait quelque chose à l’habillement. La surprise fut extrême, et tous deux trouvèrent cela fort plaisant. Le rare est qu’elle allait avec ce lavement à la comédie sans être pressée de le rendre, quelquefois même elle ne le rendait qu’après le souper du roi et le cabinet; elle disait que cela la rafraîchissait, et empêchait que la touffeur du lieu de la comédie ne lui fît mal à la tête. Depuis la découverte elle ne s’en contraignit pas plus qu’auparavant. ( Saint Simon, Mémoires, tome 10, ch. 4).














1 François de Troyes, Princess Marie Adélaïde of Savoie, Duchess of Burgondy,
The Pushkin State Museum of Fine Arts
2 Louis de Rouvroy, duc de Saint Simon, 
Manuscrit autographe des Mémoires du duc de Saint Simon, 
Bibliothèque nationale de France (BNF)
3 Portrait of Marie Adélaïde of Savoye, while Duchess of Burgondy,from 1711 until 1712, BNF 
4 Clyster serynge, 18 th century 
 5 Perrine Viger-Duvigneau, Louis de Rouvroy, duc de Saint Simon, 
huile sur toile,  2e moitié du XIXe siècle,
 Châteaux de Versaille et de Trianon © RMN/Gérard Blot







Lire Saint Simon, Scatologie, blog de Patrick Narzul
Pile face, blog de Philippe Sollers, Dossier Saint-Simon








21.5.13

Moving Closer to the Clouds. Jacques Jarrige's Dance with MDF


Labour is blossoming or dancing where 
The body is not bruised to pleasure soul.
Nor beauty born out of its own despair,
Nor blear-eyed wisdom out of midnight oil.
O chesnut-tree, great-rooted blossomer,
Are you the leaf, the blossom or the bole?
O body swayed to music, O brightening glance, 
How can we know the dancer from the dance?

William Butler Yeats*, 1928
















































video






Photographs © Claire Le Douaron 


* Among School Children, from The Tower, 1928



Jacques Jarrige sculpte à la main le Mdf, découpe la feuille de métal, assemble les bouts de bois ramassés dans la forêt dans une tension entre équilibre et mouvement, au plus près des choses et de la matière qu'il travaille. Il insuffle vie et rythme à ses pièces de mobilier et fait vibrer les panneaux de fibre de bois comme les découpes de métal. La ligne vivante se fait sinueuse et coule comme une eau vive, ou court vers les nuages... Entre fragilité et force de vie tout vacille, danse et refleurit. Il anime depuis  plus de vingt ans un atelier de sculpture au centre médico-psychologique de Saint-Maur. Sa recherche s'est nourrie de cet échange, l'amenant à travailler non pas la ligne tendue mais la ligne hésitante, serpentante. "Jarrige experienced a powerful artistic inspiration several years ago from an unlikely quarter —the patients of the Hôpital de Jour, Centre Médico-Psychologique de Saint-Maur in Paris, where he has taught woodworking for over twenty years. One day, upon seeing the irregular lines his patients achieved using an electric jig, Jarrige felt himself on their wavelength, in kinship with their efforts. The tremor or slight meander they produced in the wood reminded him of the natural effect of water as it eroded a riverbank, something more alive and unpredictable than the mechanical results that come from the standard use of woodworking tools. With a conscious effort, he began to introduce this new kind of hesitant, meandering line into his own work, with exciting results. In some cases, it has been applied to the surface of rectilinear cabinets, softening an otherwise geometric form."**


** Jeanine Falino, Jacques Jarrige in the Moment





 “Meanders” : Furniture in Movement

New Work by Jacques Jarrige


315 East 91st Street

New York, NY 1012





14.5.13

Living with Art. Galerist Karena Schuessler's Apartment in Berlin





























Berlin Gallerist Karena Schuessler defines herself as a collector, first and foremost. "Collectors', she says 'are like squirrels, they endlessly need to find out and stock stuff." It is what she has been doing for years and the result is spectacular. If you attentively observe the pictures, you may see original works by designers and artists Jean Prouvé, Ettore Sottsass, Charles Eames, Hans Wegner, Carl Auböck, Jacques Jarrige, Garrouste & Bonetti, Gabriel Vormstein, Thomas Löcher, Thomas Grünfels, Sabine Fassi... Design art is what she is promoting in her berliner  functional art gallery.





1, 4, 5, 7 Photographs via Decor 8, by stylist and journalist Holly Becker 
2, 3, 6 Photographs © Martin Müller for Architekur&Wohnen, december-january 2009-10 






30.4.13

Humeur. Le cinéma de l'intime de François Truffaut


























J'aime la tension entre le réel et la fiction dans les aventures d'Antoine Doinel, elle est la condition même de la confession pudique. Dans Antoine et Colette, la première suite donnée aux 400 coups, si François Truffaut reprend le thème littéraire de l'éducation sentimentale, il incarne ses personnages dans la réalité des années 60. Le film est proche à certains moments du film documentaire, photographié par Raoul Cottard en lumières naturelles, dans des lieux réels  empruntés à des amis du réalisateur; le noir et blanc souligne en contrepoint la poésie et l'émotion des premiers émois amoureux, l'image parfois bougée, mouillée ou vacillante du chef opérateur  participe de l'instabilité du jeune homme, de l'indétermination et du provisoire par lesquels sa destinée semble marquée. Une des réponses favorites du jeune Antoine est l'élusif "peut-être" qui jamais ne renvoie à aucune forme de définitif. La technologie, que ce soit le moulage des disques vinyles à la main ou le service parisien des pneumatiques dans Baisers volés, en devenir  comme la maturation de l'adolescent, n'est saisie qu'à un moment transitoire de son évolution.  













1, 2, 3 Scènes de Antoine et Colette
4  François Truffaut et Raoul Coutard à la caméra
Richard Avedon, François Truffaut et Jean-Pierre Léaud
 © Richard Avedon 





19.4.13

Comme une respiration. Eileen Gray's Silent Presence





















Eeileen Gray semble avoir cultivé le goût du secret, du crypté, du caché. Elle s'est méfiée de l'écrit au point de détruire une partie de sa correspondance et de ses memento. Pourtant elle a laissé quelques mots parler pour elle, cette phrase inscrite au pochoir à l'entrée de la villa E 1027, offerte à l'architecte roumain Jean Badovici, "Entrez lentement" ou ce "Garde-manger" qui tel un nom propre vient contredire par un sens univoque son goût pour les objets à usage multiple. Le projet E 1027 tire son nom codé de l'entrelacement de son propre nom et de celui de Jean Badovici, E pour  Eileen, 10 pour le J de Jean, 2 pour le B de Badovici et 7 pour le G de Gray.  Le nom de la première  maison qu'elle réalise pour elle-même  témoigne de sa sensibilité aiguë à l'environnement physique mais aussi à l'environnement linguistique dans lequel elle implantait ses créations; "Tempe a pailla", est un emprunt au vernaculaire. Elle a de nouveau puisé à la source du dialecte mentonnais, "Il faut du temps et de la paille pour faire mûrir les figues", pour décrire les deux longues années qu'il lui a fallu pour se créer cette "chambre à soi", lieu de repos et de villégiature, qu'elle a appelée "le temps d'un bâillement", probablement pour mettre en exergue le jeu irritant des polysémies, des ambiguïtés et des paradoxes. Ses maisons en harmonie profonde avec la nature semblent animées d'une vie toute organique. Les volets coulissants qui s'ouvrent sur la mer sont des paupières qui battent, les murs respirent doucement. 




Liens: Elizabeth Lebovici, Le beau vice, We coeur Eileen Gray,



Eileen Gray 


Centre Pompidou-Beaubourg

19 rue Beaubourg

75004 Paris


20 février 2013 - 20 mai 2013





Eileen Gray et la photographie*



21 mars 2013 - 27 avril 2013





* une exposition rare et touchante d'une collection privée de photographies et d' objets personnels ayant appartenu à Eileen Gray, voir l'article de Elizabeth Lebovici, Prenez garde aux
objets domestiques.
















1, 2, 3 Villa E1027 et Tempe a pailla © Fonds Eileen Gray
4 Chambre de photographie fabriquée par Eileen Gray, collection privée de la galerie Gilles Peyroulet
5 Eileen Gray photographiée par Berénice Abbott, 1926






17.4.13

Mutability. What Landscape Are You Just Now?

Si on ouvrait les gens on trouverait des paysages. Moi si on m'ouvrait on trouverait des plages.

Agnès Varda


When you see reflection in water, do you recognize the water in you?






































1 Roni Horn, Still Water
Installation view, Castello di Rivoli, Turin, 2000
2, Roni Horn, Still Water(The River Thames for Example),
 1999,© Roni Horn
3,4,5 Cy Twombly, Miramare By the sea, Gaeta 2005
6,7, 8 Jefferson Hayman, A collection of seascapes








Water takes on so many appearances, the self is constantly moving and changing... What are you reflecting today? What landscape is in you just now? And what weather? 






7.4.13

La vie dans les bois. The Perfect Boots to Walk Around Thoreau's Pond



Our life is frittered away by detail.
 Simplify, simplify, simplify! I say, let your affairs be as two or three, and not a hundred or a thousand; instead of a million count half a dozen, and keep your accounts on your thumb-nail.



Henry David Thoreau, Walden; or, Life in the Woods, 1854* 

























You are incorrigible. Since you saw those foldable japanese rubber boots on Swiss-miss blog, you can't help thinking of them. These japanese wellies were initially designed to answer the need of space in many japanese homes. Rolled down and secured with a heavy-weight rubber band, they take up little more space than a pair of Cinderella shoes. You want to believe Henry David Thoreau himself would not have been averse to counting them as one of his few possessions but really you know you are cheating yourself. 





The Thoreau reader annotated works by H. D. Thoreau, Chapter 2 Where I lived, and what I lived for

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